Estimation du potentiel de travail : un nouvel outil pour préparer le retour

Estimation du potentiel de travail : un nouvel outil pour préparer le retour

Après huit semaines d’incapacité de travail, les employeurs peuvent désormais demander une évaluation du potentiel de travail du salarié absent. Une mesure encore récente qui suscite de nombreuses questions sur le terrain. Le Dr Evelyne Kerger, directrice générale de Cohezio, en décrypte les objectifs et les implications concrètes pour les entreprises.

« Ce nouvel examen du potentiel de travail, entré en vigueur le 1er janvier dernier, a pour but d’établir un premier contact avec une personne en incapacité de travail, confie le Dr. Evelyne Kerger, directrice générale du service externe de prévention et de protection au travail Cohezio, elle-même médecin du travail. Il vise à évaluer si cette personne a réellement une possibilité de reprendre le travail ou non. On ne va pas encore parler d’une éventuelle adaptation du poste, ni de recommandations adressées à l’employeur. Il s’agit d’avoir une première vision de la situation. » Comment cet examen se déroule-t-il en pratique ? «

Chez Cohezio, nous envoyons d’abord un questionnaire administratif, avec plusieurs questions ciblées sur l’état de santé du travailleur, explique-t-elle. Puis, nous proposons systématiquement un entretien téléphonique mené par un infirmier, qui peut se faire conseiller par le médecin du travail en cas de doute. L’objectif est de réduire le nombre de décisions selon lesquelles il n’est pas opportun d’entamer un trajet de réintégration en opérant une sorte de ‘premier tri’ en amont. Prenons un exemple : si un travailleur souffre d’un cancer et suit une chimiothérapie, l’examen permettra de ne pas enclencher le processus de réintégration vu que ce n’est clairement pas le bon moment. » Le Dr. Evelyne Kerger tient toutefois à nuancer l’idée de tri. « L’objectif n’est pas d’entrer dans une médecine de contrôle, mais d’entamer un dialogue, d’offrir un espace à la personne pour s’exprimer.

Certaines personnes se mettent elles-mêmes des barrières à la reprise en étant persuadées qu’elles n’y arriveront pas. D’autres estiment pouvoir reprendre le travail alors qu’elles ne sont pas tout à fait prêtes. Le contact humain permet d’aborder chaque situation dans sa spécificité. » Là où d’autres acteurs se limitent à l’envoi du questionnaire, le Dr. Evelyne Kerger souligne l’importance de ce contact direct. « En matière d’incapacité de travail, les réponses ne sont jamais en noir ou blanc, mais varient du gris clair au gris foncé. Cet échange permet aussi aux personnes de poser leurs questions éventuelles car elles ne savent généralement pas à quoi s’attendre. Il s’inscrit dans la démarche plus large consistant à maintenir le lien entre les employeurs et leurs travailleurs absents – désormais prévu par la législation –, un levier clé pour éviter que les absences ne s’installent durablement. » La législation est encore récente et ce n’est que depuis mars que les demandes d’examen du potentiel de travail commencent à arriver. « Les premiers retours sont positifs, indique-t-elle. Nos infirmiers, formés à ce type d’entretien, sont bien accueillis. On parle beaucoup des ‘faux malades’ dans les médias, ce qui crée de l’anxiété chez les personnes réellement malades. Un examen mené de façon bienveillante et non intrusive leur offre la possibilité de s’exprimer et permet de désamorcer certaines tensions. » Et si la personne n’a pas de potentiel de travail au moment de l’examen, peut-on en redemander un ultérieurement ? « Oui, tout à fait, conclut-elle. Après trois mois, par exemple, si la situation n’a pas évolué. Bien mener ce type d’examen est aussi à l’avantage de l’employeur : un trajet de réintégration représente un coût important. S’il n’est pas justifié, autant attendre que le moment soit jugé plus opportun pour l’initier.

Attention enfin à bien demander l’examen du potentiel de travail dans les temps : les employeurs occupant 20 travailleurs ou plus ont l’obligation d’initier un trajet de réintégration au plus tard six mois après le début de l’incapacité de travail. Si vous attendez trop longtemps avant de lancer l’examen du potentiel de travail, il deviendra difficile de l’organiser pour en avoir le résultat et enchaîner le processus de réintégration dans le respect des délais légaux… »

 

Dr. Evelyne Kerger

Directrice générale

Cohezio

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